Loi Sapin 2 : qui est concerné ?

TEMPS DE LECTURE : 11 MINUTES

✍️ Mise à jour le 5 mai 2026

Ce qu’il faut retenir
  • 🏢 Au sens légal, la loi Sapin 2 concerne les entreprises de +500 salariés et +100M€ de CA — mais son périmètre réel est bien plus large.
  • 🔗 TPE et PME fournisseurs sont indirectement impactées via l’obligation d’évaluation des tiers.
  • 👤 Dirigeants, salariés et lobbyistes sont également concernés à titre personnel.
  • ⚖️ En cas de corruption avérée, les dirigeants s’exposent à des sanctions pénales pouvant atteindre 5 ans de prison dans le secteur privé.

Entrée en vigueur en 2016, la loi Sapin 2 vise à renforcer la transparence de la vie économique et à lutter contre la corruption publique et privée en France. Pour y parvenir, elle impose aux grandes entreprises, collectivités et administrations la mise en œuvre d’un dispositif de conformité. L’objectif : prévenir et détecter à la source les risques.

Selon le texte, cette obligation concerne les entreprises de plus de 500 salariés, réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros

Mais dans la pratique, le champ d’application de la loi Sapin 2 dépasse largement ce cadre. Filiales, entreprises partenaires, dirigeants, élus, salariés, agents publics, représentants d’intérêt : de nombreuses personnes morales et physiques se retrouvent impliquées dans cette démarche de prévention et de vigilance anticorruption.

Qu’est-ce que la loi Sapin 2 ?

La loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique entend lutter contre toutes les formes de corruption, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Elle englobe notamment le trafic d’influence, la concussion, le blanchiment d’argent ou encore la prise illégale d’intérêt. Les enjeux selon Michel Sapin : « mettre la France au niveau des meilleurs standards internationaux de transparence et d’action contre la corruption ».

Concrètement, l’article 17 contraint les grandes entreprises, collectivités et administrations à déployer un vaste programme de conformité anticorruption. Il se décline en huit mesures obligatoires.

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Le détail de ces huit mesures obligatoires est développé dans nos articles dédiés :
Loi Sapin 2 : les obligations anticorruption à mettre en place et Les 8 piliers et mesures de la loi Sapin 2.

La loi Sapin 2 concerne-t-elle toutes les entreprises ?

Si l’on se réfère strictement à la législation, la réponse est non : toutes les entreprises ne sont pas soumises aux obligations de la loi Sapin 2. Mais dans les faits, la majorité des entreprises sont concernées, en raison des liens économiques et contractuels qui unissent les organisations.

Quelles entreprises sont directement soumises à la loi Sapin 2 ?

L’article 17 de la loi Sapin 2 définit précisément les organisations soumises aux obligations légales  de conformité anticorruption.

La législation s’applique directement aux sociétés et établissements à caractère industriel et commercial (EPIC) employant au moins 500 salariés et réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros.

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Pour une analyse complète du périmètre légal (formes juridiques, filiales, dimension extraterritoriale) : Quel est le champ d’application de la loi Sapin 2 ?

Les TPE et PME sont-elles concernées par la loi Sapin 2 ?

Sur le plan strictement légal, les TPE et PME n’entrent pas dans le champ d’application de la loi Sapin 2. Mais dans la réalité économique, elles sont très souvent impliquées, de par leurs liens étroits avec les grandes entreprises publiques et privées. 

Le programme de mise en conformité inclut l’obligation d’évaluation des tiers. Cela inclut les TPE et PME agissant comme fournisseurs, intermédiaires, sous-traitants ou prestataires de service d’une grande société. 

Pour conserver un contrat ou signer un accord commercial, les petites et moyennes entreprises ont donc tout intérêt à mettre en œuvre une politique anticorruption volontaire pour prouver leur intégrité. Il en est de même avec les investisseurs et les banques qui se méfieront d’une TPE ou d’une PME dont les pratiques manquent de transparence.

Véritable gage de confiance, la gestion des risques de corruption rassure les partenaires et différencie de la concurrence. C’est aussi une preuve de bonne foi en cas d’accusation de corruption directe ou indirecte. 

Pour aider les TPE et PME, l’Agence Française Anticorruption (AFA) met à disposition des recommandations accessibles à toutes les organisations, quels que soient leur taille, leur statut juridique ou leur secteur d’activité.

Les personnes physiques sont-elles aussi concernées par la loi Sapin 2 ?

La loi Sapin 2 ne concerne pas seulement les entreprises, collectivités et administrations. Indirectement, elle engage aussi la responsabilité personnelle des individus. Les faits de corruption relèvent du droit pénal. Toute personne impliquée s’expose à des poursuites et des sanctions judiciaires. Dirigeants, élus et collaborateurs ont donc tout intérêt à suivre les recommandations anticorruption.

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Dirigeants, élus et collaborateurs ont donc tout intérêt à suivre les recommandations anticorruption. 👉 Loi Sapin 2 : quelles sanctions en cas de non-respect ?

Le dirigeant, responsable et garant de la politique anticorruption

La loi Sapin 2 reconnaît la responsabilité des dirigeants dans l’application du dispositif de conformité anticorruption dans l’entreprise, la collectivité ou l’administration. 

En 2021, l’AFA a réaffirmé le rôle des dirigeants et élus dans son guide de bonnes pratiques : en matière de corruption, c’est à eux de donner l’impulsion, de porter la culture d’intégrité et de veiller à l’application concrète des mesures de conformité.

Lors d’un contrôle, l’engagement des instances dirigeantes est systématiquement évalué. Un chapitre entier du questionnaire de l’AFA lui est consacré. Les conséquences pour les dirigeants peuvent être lourdes. Un défaut de conformité peut entraîner des sanctions administratives, allant du simple avertissement à l’amende.

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Les montants des sanctions administratives sont détaillés dans notre article dédié :
Loi Sapin 2 : quelles sanctions en cas de non-respect ?

En cas de corruption avérée, un dirigeant ou un élu peut voir sa responsabilité personnelle engagée, même s’il n’a pas eu connaissance directe des faits. La sanction pénale est sévère. Dans le secteur privé, le dirigeant s’expose à une peine de prison de 5 ans maximum et à une amende de 500 000 euros maximum. Les risques encourus sont multipliés par deux dans le secteur public (10 ans de prison et 1 million d’euros d’amende).

Le collaborateur, un maillon fort du dispositif anticorruption

Les salariés et agents publics ne sont pas concernés directement par les obligations légales de la loi Sapin 2. Ils jouent néanmoins un rôle clé dans la prévention de la corruption. 

En tant qu’individu, le collaborateur peut être témoin, victime ou auteur potentiel d’un acte de corruption passive ou active. Il a aussi la responsabilité morale, et parfois juridique, de signaler les comportements suspects. En ce sens, il est essentiel que l’entreprise, la collectivité ou l’administration informe, forme et protège ses employés. 

La loi Sapin 2 prévoit des outils pour faciliter cette vigilance et favoriser la remontée d’informations. Lecode de conduite interne et la formation des personnels les plus exposés aident les collaborateurs à détecter les comportements douteux. La mise en place d’une procédure confidentielle de signalement encourage les alertes.

Le texte renforce aussi la protection des lanceurs d’alerte, notamment quand le signalement vise l’employeur.Un système de recueil sécurisé doit garantir la confidentialité des témoignages. Aucune mesure discriminatoire, répressive ou de licenciement ne peut être prise par l’organisation à l’encontre de son salarié ou agent.

Les lobbyistes, une profession encadrée par la loi Sapin 2

Dans l’opinion publique, le lobbying est parfois perçu comme une zone grise, proche de la corruption. La frontière entre les deux semble ténue. Pourtant, ce sont deux stratégies différentes qui visent un même objectif : chercher à faire valoir des intérêts particuliers dans un processus décisionnel. Mais là où le lobbying influence légalement, la corruption cherche à contrôler. 

Pour enrayer les dérives, la loi Sapin 2 a défini des mesures de transparence dans les affaires. Les représentants d’intérêt de droit privé ont aujourd’hui l’obligation de : 

  • Se déclarer auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP). 
  • Transmettre chaque année un rapport détaillé, rendant compte de leurs actions. 
  • Respecter des règles déontologiques strictes, comme l’interdiction formelle d’offrir à leurs interlocuteurs tous dons, cadeaux ou autres avantages d’une valeur significative.

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Respecter des règles déontologiques strictes, comme l’interdiction formelle d’offrir à leurs interlocuteurs tous dons, cadeaux ou autres avantages d’une valeur significative.
👉 Loi Sapin 2 : maîtriser les risques de corruption avec les invitations et cadeaux professionnels

La loi Sapin 2 concerne les grandes entreprises et établissements publics. Mais dans les faits, la gestion et la prévention des risques de corruption impactent un public bien plus vaste. TPE, PME, intermédiaires, dirigeants, élus, salariés, agents publics, représentants d’intérêt de droit privé : tous sont concernés, directement ou indirectement, par le renforcement de la lutte anticorruption. 

Rappelons qu’au-delà de la loi, la corruption est l’affaire de tous. Elle constitue un délit puni par la loi. La combattre est aussi une responsabilité morale individuelle. C’est pourquoi la loi Sapin 2 joue sur les deux tableaux : prévention et répression.

FAQ – Loi Sapin 2 : qui est concerné ?

Une holding est-elle concernée par la loi Sapin 2 ?

Oui, si elle répond aux deux critères cumulatifs : au moins 500 salariés et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé. Les obligations s’appliquent à la société mère et s’étendent à ses filiales françaises et étrangères.

Une TPE peut-elle être sanctionnée au titre de la loi Sapin 2 ?

Pas directement : les TPE ne sont pas soumises aux obligations légales de l’article 17. En revanche, elles peuvent perdre des contrats si elles ne sont pas en mesure de démontrer leur intégrité lors d’une évaluation tiers réalisée par un grand donneur d’ordres.

Un salarié peut-il être poursuivi personnellement pour des faits de corruption ?

Oui. Les faits de corruption relèvent du droit pénal et engagent la responsabilité individuelle de toute personne impliquée, qu’elle soit dirigeant, élu ou simple collaborateur. Le code de conduite interne et la formation anticorruption visent précisément à protéger les salariés en clarifiant les comportements à proscrire.

Un lobbyiste est-il soumis aux mêmes obligations qu’une entreprise ?

Non. Les obligations des représentants d’intérêt portent sur la transparence (recensement HATVP, rapport annuel d’activité) et le respect de règles déontologiques. Elles sont distinctes du programme de conformité anticorruption imposé aux grandes entreprises par l’article 17.

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